Et maintenant qu'est-ce que tu fais ? Tu te sens conne d'un coup hein ? Tu ne te rend compte que maintenant de la chance que t'avais. Ils t'offraient de l'amour, tu l'as accepté un temps et tu t'es braquée. Pourquoi ? A cause de Quentin peut-être. Il t'aura peut-être tout gâcher comme ça. C'est d'ailleurs depuis qu'il s'est cassé que tu t'es éloignée... de tout le monde en fait. Tu t'es dit "c'est juste des potes de classe, dans deux ans tu ne les verras plus alors ne t'attache pas". Mais quelle grosse conne tu fais. Alors que t'étais si bien avec eux, tu étais génée parfois mais finalement c'était si bien d'être génée comme ça, juste parce que tu n'osais pas prendre trop de place, parce que tu voulais te faire discrète. Avec eux tu rigolais, tu n'étais pas jugée, tu partageais des tas de choses, tu as fais une nuit blanche, tu as parlé de choses tabous, tu les as regardé boire parce que tu ne bois pas, tu as craqué ton slip, tu as fait des manifs, tu as fait des énormes goûters ED, tu es allée sous l'arbre, tu as mangé avec eux, tu as partagé la scène pleins de fois, tu t'y es plu, tu t'es pris des fous rires, des délires, tu as stressé, tu les as soutenus, ils t'ont soutenue, tu as grandi, poussé, réfléchi, agi, rêvé, couru, marché, parlé, ri, bu, mangé, discuté, pleuré...
Tu as honte maintenant n'est-ce pas ? Tu vas rentrer à la Fac et c'est seulement à ce moment que tu te rends compte des choses véritablement importantes. Tout d'abord, ne jamais, JAMAIS s'attacher à quelqu'un par le biais du Web, ne plus jamais penser à lui, ne plus jamais refuser l'amitié de quelqu'un de vrai. Donne plus d'amour. Même si tu as l'impression que tu vas en exploser, donne toujours plus, jusqu'à ce que tes yeux débordent. Ne refais jamais les mêmes erreurs. Tu es arrivée au lycée mardi pour accompagner Pauline, Margaux, Thibault, Lorrie, Laurence, Camille, Gregory, Jules, Alexis, Jessica, Chloé et l'autre Pauline. Gregory t'as demandé si ça allait et tu as dit non, que ça te déprimait. Forcément. Tu pensais à la salle de théâtre en face de toi. Tu t'es dit que c'était bien vide le lycée, tu n'avais personne à y chercher. Tu as espéré croiser quelqu'un qui te manque, quelqu'un de ta classe, en particulier Alizée, Jessica, Eva, Vincent, Mathilde, Jennyfer ou Laura. Parce que c'est eux que tu regrettes. Tu avais envie de pleurer. Pas de tristesse mais de regret. De remord plutôt.
Voilà tu te dis que maintenant tu ne les mérite plus. Que tu as gaché une grosse partie de ta scolarité à cause de ça et que tu le regretteras toute ta vie. Certains peuvent penser que ce n'est rien pour toi, qu'ils n'étaient rien, ou peu de choses, à un moment tu l'as pensé aussi, tu t'es dit que tu n'étais rien non plus à leurs yeux mais finalement est-ce vraiment important ? Tu étais bien mais comme tu te complaisais dans la souffrance tu n'as pas pris de risques et tu les as quittés. Tu n'arrivais pas à te l'expliquer mais maintenant tu arrives plus à te comprendre toi-même. Tu réfléchis longuement avant d'agir. Il aurait seulement fallu grandir un peu plus tôt. Ils sont tous superbes. Tu n'arrives pas encore à compenser. A te dire que tu retrouveras des gens comme eux et une telle complicité. Tu voudrais leur dire merci pour cet amour peut-être involontaire mais tellement agréable qu'ils t'ont offert.
Tu avais promis de ne pas la recopier. La conclusion de ton carnet de bord. Mais finalement à présent tu voudrais que tout le monde puisse la lire, même s'il n'y a plus le contexte, plus la même émotion, tu veux qu'ils sachent tous.
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Je pourrais dire plus de choses que je ne vais en dire... alors pourquoi ? Par respect, par peur, par respect ? La recherche du mot juste serait trop longue. Alors qu'ai-je pensé de cette année ? J'ai grandi. C'est incontestable. Est-ce un point positif je ne sais pas. J'ai le sentiment cette année d'avoir eu le courage de me montrer, de m'affirmer. J'ai retrouvé ce que j'étais, en tout cas ce que je suis supposée être. L'année dernière m'avait beaucoup changée, pas forcément en mal parce que cela m'a permis de gravir une marche de plus sur l'échelle de la maturité. Oh ! Avant que je continue je devrais peut-être expliquer pourquoi à la page d'avant il y a des photos collées n'importe comment. C'est un autoportrait. Des parties de moi-même. Alors pourquoi dans mon carnet de bord de théâtre ? Je ne sais pas exactement... Comme un explicatif de journal intime, de ce que je suis ou semble être. Voilà c'est fait. Et maintenant qu'est-ce qu'il va se passer ? J'ai peur... peur de l'avenir qui m'attend et dans lequel je vais certainement me perdre entre deux gares. J'ai peur de quitter mon petit monde bien rangé avec ma classe que je commence à peine à découvrir. Finalement je me rends compte que je suis comme Jordan : "Je ne connais personne"... En effet j'y pense et "voilà je me fais rire" parce que je me trouve stupide. Si j'avais voulu les connaître, eux tous qui sont autour de moi, j'aurai pu. Rien ne m'en empêchait. Sauf peut-être la pensée qu'à la fin du lycée ils partiront de toute manière... C'est complètement ridicule. Si je m'étais réellement attachée... Réellement comme aimantée. Evidemment ils vont me manquer. Tous, avec chacun leurs petites manies et leurs attitudes si différentes. Camille et sa joie de vivre contagieuse, Alizée et ses questions sans rapport, Laura toujours dans la Lune, Jessica et sa mine boudeuse, Caroline qui souffle quand elle en a assez, Marina qui n'est jamais sûre d'elle, Eva et sa légendaire franchise, Vincent et sa folie-attitude, Cynthia toujours à rire, Jordan toujours blasé mais souriant, Mathilde et sa gentillesse sans limite, Marine pleine d'idées, Audrey toujours prête à craquer dans n'importe quel sens, Sarah qui rale sans arrêt et enfin Jennyfer que l'on pourrait qualifiée de bipolaire. Une belle classe d'éclopés ! "Quel est ce vers inoubliable ?" -> Cela ferait plaisir à Alizée qui aime tellement Oh Les Beaux Jours!. J'y ai beaucoup songé... ce vers, quel est-il ? Quand on est petit on apprend toujours des dizaines de poésies dont on ne se rappelle que très rarement et je me demande si ce n'est pas cela le vers inoubliable. Celui que l'on retiendra toujours...
"Les sanglots longs des violons de l'automne
Blessent mon coeur d'une langueur monotone
Tout suffocant et blême quand sonne l'heure
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure.
Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà delà pareil à la feuille morte."
Est-ce que c'est ce qu'il va se passer ? Regretterai-je cette période de ma vie pourtant pas si lumineuse ? Nous verrons bien. En attendant je veux revoir leur visage une dernière fois. Pleurer avec eux de laisser notre enfance avec la troupe. Se retrouver comme un morceau de sucre dans l'eau : se dissoudre petit à petit. Il le faudra. Il me manqueront. Je les aimerai.
"Max - Il est moins fatigant de vivre et de travailler et d'être, oui, et d'être avec des gens que l'on connaît depuis longtemps et avec qui s'est instaurée l'habitude, fût-elle mauvaise ou désagréable à supporter. Je ne suis pas certain d'avoir le courage de reconstruire encore une histoire avec une nouvelle troupe, de devoir réinventer de nouvelles blagues ou de devoir expliquer plusieurs fois par jour le secret de ce que je dis. Avec vous, avec tous ceux-là, peut-être, on m'a donné un rôle et jamais plus il ne changera et c'est moins difficile pour moi."
Voilà je me donne l'envie de pleurer. J'avoue. Moi qui étais pressée de ne plus les voir, non c'est une erreur. Tout sera tellement différent. Dans le grand amphithéâtre qui m'attend je redeviendrai inutile et invisible. Comme avant... Et je songerai aux après-midis que nous n'avons pas passés ensemble à rire et à parler. Trop de temps gâché. Comment pourrai-je clôturer ? Des photos seraient trop classiques... Juste la... oh mon dieu !
J U S T E _ L A _ F I N _ D ' U N _M O N D E .
Mais je ne peux pas finir comme ça... Il faut que je leur dise merci. Laissez-moi les remercier pour ce qu'ils ont fait pour moi. Cette petite lueur là. Elle ne partira pas je le sais. Toujours je penserai à eux tous qui ont changé mon petit monde, mon petit présent et mon petit futur. Je pense souvent à cette chanson de Gérard Manset, Entrez Dans Le Rêve : "Ramenez le drap sur vos yeux, entez dans le rêve. Allumez l'écran merveilleux quand le jour s'achève. Retrouver l'amour blessé au fond du tiroir où on l'avait laissé. Découper le monde à coups de rasoir pour voir au coeur du fruit le noyau noir. La vie n'est pas la vie ni ce qu'on nous fait croire." C'est un peu cela. Un jour je vais relire ce carnet et je repenserai aux coups de rasoir que cette déchirure a provoqués... Je chercherai probablement à refermer ce petit noyau noir empoisonné, ce bout de coeur, mais ce sera impossible. Je voudrais ne jamais oublier. Ne jamais avoir à me dire que c'est fini. Je voudrais leur pleurer dans les bras. M'excuser. Je ne sais pas de quoi. Juste m'excuser. Tout va me manquer. De la salle théâtre avec la moquette sale au sourire pincé de Mr Roux qui nous rend des copies. C'est comme si on était sur le point de perdre un être cher et qu'on veuille à tout prix se souvenir de la couleur de ses yeux. Pour refermer le livre je dirai peut-être quelque chose comme...
hoping for the best...